Moi, mes parents, ma fille

Publié le 12 Avril 2017

Malgré mes belles paroles, je reproduis avec ma fille ce que j’ai subit avec mes parents. Je crie, hurle, souvent pour des choses sans importances, pour des broutilles qui ne froisse que mon ego.

Je suis souvent sur les nerfs, en colère, noyée dans le ressentiment. Je m’énerve facilement, sans que je n’arrive à me contrôler. Mais est-ce que je le veux vraiment ?

 

Cet après-midi je suis tombée sur une vidéo qui montrait les méfaits des cris sur les enfants. Ils deviendraient agressifs, seraient en colère, auraient une piètre estime d’eux et auraient tendance à la dépression.

Cette vidéo a raisonné comme un électrochoc en moi. Ces symptômes, je les ai. Chez moi, quand j’étais môme, ça hurlait beaucoup, sur moi ou entre mes parents. Il m’arrivait même de les séparer, d’être l’arbitre, de dire « stop, ça suffit ».

Et moi, du coup, j’ai gardé les soucis que je pouvais avoir pour moi. Il y a beaucoup de choses dont mes parents ne sont pas au courant, et dont ils ne le seront jamais.

Il faut dire aussi que je ne suis pas proche d’eux. Je ne me suis jamais réellement confessée à eux et quand je le fais, j’ai le droit à des reproches, des « je te l’avais bien dit » ou des remarques peut-être anodines mais blessantes.

 

Quand j’ai décidé de reprendre des cours pour mon orientation professionnelle, ils étaient contents. Mais ils ont aussi commencé à me dire de chercher une porte de sortie si ça ne marchait pas, comme s’ils savaient d’avance que j’échouerais. Et effectivement ça foire.

La formation coûtant quand même une certaine somme (de celle qu’on ne trouve pas facilement), j’ai décidé de la faire en contrat professionnel, c’est à dire en apprentissage mais pour adulte. Or je ne trouve pas d’entreprises car elles préfèrent prendre un apprenti qu’un contrat pro car il coûte moins cher (moins de charge, moins de salaire, formation mieux remboursée…).

Du coup je me suis dit que j’allais demander à ma banque un prêt, histoire de pouvoir la faire quand même même si je devais me saigner pour la faire. Là encore refus car je n’aurais plus mes indemnités de chômage en juillet 2018 et donc je serais incapable de rembourser mon crédit. Et comme j’ai plus de vingt-sept ans, je n’ai pas le droit au prêt étudiant qui m’aurait permis de le rembourser en différé.

J’ai aussi regardé au niveau des bourses, mais comme je vis avec l’Homme, ils nous considèrent mariés (ce qui sera vrai en juillet) et donc ils se basent aussi sur ses revenus. Et donc, même avec moi au chômage et un enfant, il gagne trop pour que je prétende y avoir le droit.

Quand, déprimée, je leur ai annoncé, je n’ai eu le droit qu’à des « je te l’avais bien dit », « tu aurais du réfléchir avant », « tu pourrais faire tel ou tel métiers [qui ne me correspondent absolument pas] » et autres remarques désobligeantes, alors que je n’aspirais qu’à un peu de réconfort de soutient ou d’encouragement. Mais non.

Pareil, avant que je décide de reprendre des études, j’ai fait deux MOOCs forts intéressants mais ils ne les ont pas reconnus comme cours à proprement parlé et ne pensent pas que ça me permettra d’accéder à un métier. Certes j’ai pas de diplôme mais ça montre ma motivation et ça peut toujours me servir plus tard.

 

Idem pour ma robe de mariée.

 

Je l’ai faite faire par la mère d’un ami qui la plus ou moins fait comme elle l’a voulut et qui, du coup, ne me plaît pas trop et ne me va pas (j’ai l’impression d’être enceinte de six mois dedans).

Et bien ma mère, quand je lui ai dit que j’aimerais prendre la robe qui m’avait tapée dans l’œil (qui certes coûte chère mais qui est très belle), m’a dit que je n’avais pas à mettre autant dans une robe, que je n’ai qu’à prendre « une robe habillée ou bien habillée si tu veux », que de toute façon on ne se marie pas à l’église donc c’est pas la peine de faire des frais. Sans compter qu’on est ensemble depuis longtemps et que, je cite, « l’essentiel c’est de passer un bon moment ».

 

Donc voilà.

 

Je sais qu’ils ont toujours été comme ça, que je n’ai rien à attendre d’eux, et pourtant j’espère toujours un mot, une parole de réconfort, de soutient.

Des fois je me dis que je ne suis pas la fille qu’ils auraient voulut avoir, que je ne réponds pas à leurs attentes. Que je les déçois.

Est-ce que c’est parce que je suis plus fragile en ce moment que ça me touche autant ? Je ne sais pas. Je crois que ça m’a toujours touché et que je n’arrive pas à faire le deuil de leur attitude. Alors, comme d’habitude, je vais m’éloigner un peu, taire mes soucis, mes envies, mon parcours. Ne parler que de banalités, de choses qui ne portent pas à conséquences.

 

J’espère malgré tout ne jamais faire subir ça à ma fille.

 

Oui je cris, je m’énerve, mais toujours je l’encourage, la soutient, la motive (en même temps elle n’a que quatre ans, mais même).

Je ne dis pas que je n’en rajoute pas une couche quand la maîtresse me dit qu’elle a pas écouté, pas travaillé. Je lui explique que c’est pas bien, que l’école à son âge c’est important, que ça lui apprend l’essentiel, que son père et moi seraient bien incapable de lui apprendre car on a pas les bonnes méthodes. Je la punis aussi, souvent en la privant de dessin animé le soir. Mais je cherche aussi à savoir pourquoi elle a eu cette attitude, pourquoi elle a agit comme ça. Je n’obtiens pas souvent de réponses mais au moins je cherche à comprendre.

En revanche, je la félicite quand elle fait quelque chose correctement, je lui montre quand elle se trompe, l’encourage à recommencer, à progresser. Mais toujours sans la pousser, en la laissant évoluer à son rythme.

Je ne sais pas si je fais bien, si c’est comme ça qu’il faut faire. J’apprends à être mère en même temps qu’elle grandit. Aussi je fais des erreurs, je fais mal certaines choses. Mais au moins ma gosse est, je pense, heureuse et bien dans sa peau.

 

Et j’espère sincèrement ne jamais devenir comme mes parents.

Rédigé par Hamadryade

Publié dans #Blabla, #Reconversion, #Travail, #Chômage

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