Reconversion professionnelle #1 comment j'en suis arrivée là?

Publié le 8 Décembre 2016

J'aimerais vous faire une petite série sur ma reconversion professionnelle. Je ne suis pas la seule dans ce cas et je sais combien ça peut être difficile à faire. Ainsi j'aimerais proposer mon témoignage et je pense aussi avoir besoin d'en parler.

Je pense le faire plusieurs billets pour comprendre pourquoi j'en suis arrivée là, les étapes que j'ai du franchir et où ça m'a menée. Sachant que le jour où cet article sera publié, je n'aurais pas encore finis.

 

Donc, comment je suis arrivée à une reconversion professionnelle?

Pour cela je dois faire un bond en arrière, une bond d'une petite dizaine d'années dans le passé.

J'ai fais un bac dans l'aménagement du territoire puis un BTS technico-commercial dans le bois. N'ayant pas trouvé de travail après mon diplôme, je me suis rabattue sur un boulot alimentaire répondant au doux nom d'employé-e libre service (ELS pour faire court).

Je vous invite à vous rendre ici si vous voulez savoir ce qu'est le métier d'employé-e libre service

 

 

Mais pour en revenir à moi.

Au début c'était bien, j'appréciais le travail à défaut de l'aimer. Il faut dire que l'intérim est totalement différent de l'embauché.

Puis j'ai été embauché en CDI en crèmerie (les yaourts, le lait, la crème et le beurre) pour commencer. Là ça allait pas trop mal au début puis les agressions sexuelles, les remarques déplacées ont fait que je n'avais plus envie d'aller au travail.

J'ai négocié avec mon chef de rayon, vu avec lui pour changer de rayon. Ce qui a été fait deux ans après mon arrivée dans le magasin.

Je me suis donc retrouvée seule au rayon biologique/diététique (bio/diet pour faire plus rapide). C'était vraiment chouette. Je pouvais gérer seule mon rayon, faire comme je l'entendais, ne rendant des comptes qu'à ma chef et la gestionnaire d'approvisionnement. Je m'éclatais vraiment dans ce rayon et j'avais quelques projets pour lui. Je connaissais les produits, je parlais aux commerciaux, je savais conseiller les clients sur tel ou tel produit, les inciter à prendre plus celui-là que l'autre car meilleur, sans huile de palme ou autre. J'avais goûté pas mal de produits et on m'avait donné des échantillons pour que je me fasse une idée et que je donne mon avis dessus. J'étais vraiment investie.

En plus de ça j'avais des collègues avec qui je rigolais bien. Il y avait une bonne ambiance dans l'équipe.

 

Oui mais.

Il y avait aussi la face cachée, celle qui m'a minée peu à peu, insidieusement.

 

En premier lieu le gaspillage.

Ce n'est un secret pour personne, les grandes surfaces gaspilles à un niveau phénoménal. J'ai vu des produits jetés par centaines pour un simple défaut d'impression. Je ne parle pas des fruits et légumes pas "conformes" qui se retrouvent eux aussi à la benne. Mais bon, au moins on avait la chance de pouvoir donner aux associations tout ce qui pouvait être récupéré.

Mais d'un autre côté, je me suis souvent dit que si les clients arrêtaient de rechigner devant un paquet un peu corné, un fruit ou un légume pas calibré, une date un peu courte, il y aurait beaucoup moins de gaspillage.

 

En second lieu les horaires de travail.

Commencer à trois heures du matin (et donc me lever à une heure trente) pour finir à dix heures vingt ça a ses avantages mais aussi ses inconvénients. Oui on commence tôt pour finir tôt, oui ça nous laisse l'après-midi de libre. Mais à quel prix?

J'étais tout le temps crevée, je passais mes après-midi à dormir. Les dimanches pareil. Et ça a été pire encore quand j'ai eu ma Crevette. Il me fallait gérer le travail et ma môme qui, au début, se réveillait toutes les heures la nuit et que je devais garder l'après-midi (elle ne dormait pas plus).

Je n'avais plus non plus de vie sociale digne de ce nom. Si je voulais un week-end il fallait soit que j'attende le seul samedi du mois qu'on avait, soit que je m'arrange avec un-e collègue pour échanger. Et même là je devais prévoir de pas rentrer trop tard le dimanche pour pouvoir rempiler le lendemain.

Idem pour les vacances. Il fallait pas que se soit pendant Pâques, décembre nous étaient interdit et il fallait se bouger l'été pour avoir les semaines qu'on voulait.

Sans compter qu'on bossait samedis, jours fériés et les dimanches en décembre, fêtes de noël obligent)

Tout ça cumulé fait que la fatigue est belle et bien présente et qu'elle prend le pas sur tout. Combien de fois je me suis endormie au volant tellement j'étais crevée? Et ce n'est pas avec deux jours de repos non consécutifs qu'on comble son manque, surtout quand on a une famille.

 

Ensuite la dureté du travail.

Pendant mes six ans dans cette boite j'ai été au froid. D'abord en crèmerie avec les frigos puis au bio, dans le courant d'air (mon rayon étant idéalement situé en ligne droite entre la porte des frigos frais (jamais fermées pour décharger les camions plus facilement) et celles qui donnent sur les quais des camions et le rayon surgelé).

Alors en été ça allait, surtout quand il faisait bien chaud, mais c'était une autre histoire en hiver. A partir d'octobre je commençais à sortir les pulls, puis le blouson en novembre. Je finissais très souvent avec deux paires de chaussettes, deux pulls dont un en laine, un gros blouson, une écharpe, un bonnet et des gants. J'ai quand même mit deux ans à avoir un paravent pour couper un peu le courant d'air.

J'avais aussi des outils de travail (transpalettes manuel) défectueux. Soit ils ne roulaient pas du tout soit ils roulaient à moitié. Dans tous les cas c'était premier arrivé premier servit. Je vous laisse imaginer la simplicité pour déplacer une palette couverte de packs de lait, de conserves et autre avec un machin qui ne roule pas. A tirer et pousser comme un boeuf pour arriver à la faire bouger.

Rajoutez à ces deux points une absence totale d'escabeaux qui permettraient un accès facilité aux planches du haut et vous aurez un tableau complet.

 

Enfin l'ambiance au travail.

Des collègues sympas, avec qui on rigole bien. Tant que tu fais ton travail, tant que tu demandes pas trop. Oh, ils vont t'aider, un peu, quand ils ont pas le choix. Mais le plus souvent je me suis retrouvée seule à finir à pas d'heure alors qu'ils sont tous partit.

Des collègues très gentils, rigolards. A condition que tu ne t'arrêtes pas, que tu ne tombes pas malade ou tu n'ai pas un accident de travail. Ou alors il dure pas longtemps, une semaine tout au plus. Sinon tu simules.

 

Au bout d'un moment tout ça pèse sur nous, sur le moral, sur le physique. J'ai fait plusieurs accidents de travail et une dépression qui m'a conduite à prendre des anti-dépresseurs. Pourtant je me refusais à arrêter, je ne voulais pas écouter les signes que m'envoyaient mon corps et mon esprit. Je me voulais forte, je pensais pouvoir résister, prendre sur moi.

Un jour, suite à un désaccord avec une collègue, une vague de rage m'a submergée et j'ai juste faillit l'emplafonner dans un mur. J'ai commencé à me poser des questions, à me dire que je devrais peut-être arrêter les frais. Mais pour faire quoi? Et puis il y avait cet espoir de récupérer tout le rayon bio, frais compris. J'aurais pu faire un rayon vraiment sympa, décidant plus ou moins des produits à mettre. J'avais vraiment une super motivation.

Malgré tout des envies suicidaires me traversaient l'esprit, des envie de tout plaquer, de fuir, de partir loin d'ici, de ce travail. J'en ai beaucoup parlé avec un ami, qui m'a soutenu, m'a dit de faire quelque chose avant que ça aille plus loin. Je continuais pourtant à serrer les dents, à me dire que ça irait mieux un jour.

Mais mon corps en a décidé autrement. J'ai refais un accident du travail le 30 octobre 2015, une tendinite de l'épaule droite.

La médecine du travail a essayé de me faire revenir en janvier, à mi-temps, pour voir si je pouvais reprendre. J'ai tenu deux jours. J'ai seulement fait sept heures en deux jours et j'ai pas tenu. Je prenais des anti-inflamatoires couplés à des Dolipranes. Je pleurais de douleur. Je pleurais de retourner au travail.

Lorsque je suis revenue pour mon mi-temps, après bien deux mois d'arrêt, j'ai trouvé une ambiance glaciale. Mes collègues m'adressaient à peine la parole, me battaient plus froid qu'une tempête polaire. J'ai apprit qu'ils avaient fait des paris pour savoir combien de temps je resterais, j'étais à l'écart pendant les pauses, les réunions ou en rayon. On ne m'a pas facilité la tache non plus en me demandant, dès le premier jour, de déplacer une palette très lourde avec un transpalette qui ne roulait pas.

J'ai réalisé à ce moment là que j'étais au bout de ma résistance, au bout de cette aventure en grande surface.

J'ai mit cinq mois à retrouver ne serait-ce que l'envie de vivre, de faire des choses, de sortir de chez moi. J'ai dû aller en balnéothérapie, suivre des séances de kiné, pendant presque un an.

Finalement, la médecine du travail, voyant que ça n'irait pas mieux, m'a déclarée inapte et j'ai été licencié le 15 juin 2016.

Rédigé par Hamadryade

Publié dans #Travail, #Reconversion

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