Enfant de Lune [Texte]

Publié le 15 Avril 2017

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Elle est là, seule sur cette plage déserte, à marcher au bord de l’eau. La fraîcheur de la nuit et la brise marine de ne la dérange pas. Ses chaussures à la mains, elle avance droit devant elle, le visage levé vers la voûte céleste. Elle est sereine, tranquille, comme si rien ne pouvait l’atteindre.

La lune, ronde et claire, illumine son chemin d’une douce lueur nacrée. Les étoiles, myriades de petits points lumineux, accentuent d’autant plus la magie du moment qu’il n’y a pas de lumière artificielle pour gâcher leur éclat.

La mer, douce compagne, vient lui lécher les pieds à intervalles réguliers, comme si elle la confortait dans son idée. Son doux murmure résonne comme une douce comptine, comme un encouragement.

Elle a quitté son hôtel, son compagnon, sa vie pour suivre cet astre, ce soleil nocturne. Cette lune qui l’appelle, qui l’attire, qui la baigne de ses rayons comme une mère prendrait son enfant dans ses bras. Cette lune qui l’apaise, la calme, la fait sourire.

Elle a quitté la violence, les coups, les insultes. Elle laisse sans remords les humiliations, les cris, la haine derrière elle. Elle en a finit avec tout ça, avec cette vie qui la malmenait.

Le sable, encore chaud de la journée, se glisse entre ses orteils, se fond, se plie pour épouser parfaitement la forme de ses pieds.

Sa petite robe légère, uniquement maintenue par deux fines bretelles, vole sous le vent, tantôt devant elle, tantôt derrière. Elle rit de la voir ainsi s’agiter, essayer de se libérer, de s’envoler vers le ciel. Peut-être veut-elle se poser sur la lune, rejoindre les étoiles.

Elle tourne sur elle-même comme le ferait la ballerine d’une boîte à musique. Sa rode tournoie autours d’elle, s’étalant de toute sa largeur autours d’elle. À nouveau, elle fait retentir ce rire cristallin qui semble charmer le monde.

Elle reprend sa marche, toujours tranquille, toujours sereine mais heureuse et enfin libre. Elle suit la mer, suit la plage, suit la lune qui, toujours, la guide depuis le ciel. Pas un cumulus ni même un cirrostratus ne vient ternir son éclat. Seule la mer déforme son reflet, la rendant ondoyante, mouvante.

Elle marche ainsi jusqu’au milieu de la nuit, toujours accompagnée du doux murmure des vagues qui vont et viennent, imposant la mesure, métronome guidant ses pas.

Elle est maintenant loin de toute civilisation, loin des hommes, seule dans ce monde féerique. Une vive douleur la plie en deux, la contraignant à s’arrêter, à reprendre son souffle. Une fois remise, elle reprend sa route, tranquillement. Un pas après l’autre, doucement.

Une autre douleur, puis encore une. La mer, comme si elle sentait sa douleur, se fait plus forte, frappant ses jambes, inondant ses cuisses, ses mollets, ses pieds. La lune semble plus ronde, plus brillante, comme pour l’encourager, la soutenir.

Elle sait qu’elle est arrivée au bout du chemin. Elle s’arrête et, délicatement, s’allonge sur le sable. Elle est sereine, calme. Elle se laisse porter par le rythme des vagues, tantôt rapide, tantôt calme.

D’autres douleurs, plus fortes, plus rapprochées, la font gémir. Elle se redresse, se lève, marche quelques pas. S’arrête de nouveau, se couche, s’accroupit.

La lune, toujours, veille sur elle, l’entoure de ses rayons. Le vent s’est réduit, retenant son souffle pour ne pas la refroidir, ne pas lui faire prendre froid. Le reflux lui lèche les pieds pour l’encourager, la soutenir.

Finalement la délivrance vient dans une dernière douleur, dans un dernier effort.

Toujours accroupit, elle attrape ce petit être qui vient de naître, cette enfant qu’elle attendait tant. Elle la serre contre elle, le regard tendre, un sourire au lèvre.

-Bienvenue Aylin.

La mer se calme, le vent se fait chaud pour les envelopper et la lune intensifie ses rayons. L’enfant de la lune est née.

Rédigé par Hamadryade

Publié dans #Textes

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